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Le nouveau pari de Gata Nder : naissance d’un confrère ! PDF Imprimer Envoyer
     Ce vieux routier de la presse tchadienne, au parcours très atypique, n’aura perdu ni de son énergie ni de sa combativité. Après avoir fréquenté diverses officines administratives et non-gouvernementales, Gata Nder réalise un coup de maestro en éditant en ce mois de Mai 2009 un nouveau journal baptisé « La Voix ». Au moment où ses confrères tirent le diable par la queue, entre les restrictions de libertés décidées par le gouvernement et les coûts exorbitants d’entretien de l’outil de presse, Gata Nder choisit d’innover tant dans la présentation que dans le style. Le journal « La Voix » parait en format A3 sur une douzaine de pages très colorées, bien présentées et faciles à lire, au prix de 500 FCFA seulement ! Pour un hebdomadaire, parions que l’innovation fera la différence dans ce contexte de crise.

     D’entrée de jeu, dans le numéro 001 du 11 mai 2009 (le 2e de la série) le routier Gata Nder annonce les couleurs : « Depuis 2006, nous assistons au même jeu macabre : les chefs rebelles amènent leurs combattants, dont des adolescents et des enfants, se faire étriller sur le chemin ou aux portes de N’Djaména ; ils laissent derrière eux des centaines de cadavres et de prisonniers, et repartent se refaire une santé au Soudan. Quelques mois après, ils menacent à nouveau d’investir N’Djaména et viennent y échouer dans les mêmes conditions. Leur acharnement n’a d’égal que leur hargne à faire partir Déby du pouvoir pour, disent-ils, libérer le peuple tchadien de la dictature. Le président Déby, brandit sa « légitimité » de président élu et de vagues principes républicains pour s’accrocher à son fauteuil présidentiel. Mais le président Déby partage avec la plupart des chefs rebelles, de nombreux points communs, en dehors des liens familiaux : passion dévorante du pouvoir, volonté implacable de dominer et une envie boulimique de se rendre maître des biens et richesses de tout un pays. Avec de tels sentiments, plus aucun risque n’est assez grand, y compris sacrifier des milliers de vies, comme on le vit depuis trois ans. Le drame du peuple tchadien, est d’être entraîné malgré lui dans un conflit aux relents personnels, familial et tribal sans aucune issue, tant la haine qui anime les différentes parties a atteint son paroxysme. Il n’y a de conflit ou de haine plus tenace et plus inexpugnable que celui qui oppose des membres d’une famille ou des anciens compagnons comme l’étaient Déby et El-Béchir [Cf. éditorial page2] ».

     Ce n’est pas tout : La Voix, dans son analyse « Les rebelles pris au piège », prend le contre-pied des affirmations des sites tchadiens de la diaspora pro-rébellion armée. Après avoir visité les champs de batailles de la semaine dernière avec les autres presses, le journal constate : « L’ampleur des dégâts atteste de la violence des combats qui se sont presque entièrement déroulés à l’arme lourde. Malgré la guerre des communiqués et les annonces contradictoires de victoire proclamée aussi bien par les rebelles que par le gouvernement, il est indéniable que les rebelles ont subi un sérieux revers, constaté par les journalistes invités par le gouvernement sur le champ de bataille. Ceux-ci ont pu voir des cadavres jonchant le sol sur un rayon de 40 km. Ce qui accrédite la thèse du gouvernement qui a annoncé 250 morts…152 prisonniers…et un 153e surpris dans sa cachette par la délégation en train de se gaver de terre pétrie à l’eau ». « Les troupes gouvernementales ayant reçu des renforts, montent à l’assaut des rebelles ouvrant le feu au lance-roquette sur des véhicules bourrés de munitions et d’essence. Le spectacle après ces trois heures de combats est désolant : des véhicules calcinés, à perte de vue, des cadavres partout et des blessés aux plaies horribles. Les rebelles replient à nouveau en catastrophe vers leurs bases arrières en laissant derrière eux des centaines de prisonniers, dont le chef d’état-major adjoint de l’UFR ». Le journal La Voix de conclure l’équation logique : « Sans soutien politique, ni diplomatique, assujettis à un parrain peu fréquentable et placé sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, les rebelles ont joué leur va-tout en se lançant dans une offensive quasi suicidaire en direction de N’Djaména…Comme toujours, en pareille circonstance, ce sont les populations civiles qui font les frais des violences et les agences humanitaires ont toutes les peines du monde à les suivre » .

     Le journal La Voix dispose d’un site http://www.lavoixdutchad.org

     La Rédaction de TchadNouveau 

     Nos commentaires à chaud : 

  • Tchadnouveau.com se réjouit de la naissance de ce confrère de la presse écrite au Tchad ; il s’agit là d’un indice de l’irréversibilité du combat pour la liberté d’expression et d’opinion, dont la liberté de presse constitue l’ossature, et d’une foi immortelle en la démocratie qui anime des Tchadiens tapis dans l’ombre comme Gata Nder ;
  • Le rituel de la violence politique au Tchad reste toujours le même : des « chefs de guerre », dont la prétention d’être des supermen n’a d’égal que la folie destructrice, jouent à tour de rôle leur partition macabre et se retirent incognito dans l’exil. S’il faut ignorer ceux qui ont pu s’emparer du pouvoir depuis Goukouni Oueddeï jusqu’à Idriss Déby Itno, les autres nombreux ont aussi marqué douloureusement l’Histoire récente de notre pays. Entre autres, feu Youssouf Togoïmi du MDJT dans le BET ; Mahamat Nour Abdelkérim, le « Zoro » Tama d’une saison qui a laissé des dizaines de cadavres de jeunes Tama et Arabisants aux faubourgs de N’Djaména, des centaines d’autres ex-prisonniers de guerre abandonnés à eux-mêmes et une profonde haine revancharde entre Zaghawa et Tama. En ce mois de Mai 2009, après la débâcle de février 2008 à N’Djaména, le club de chefs de guerre résiduels de l’UFR (anciens et nouveaux venus) vient de joncher le sol national de centaines de cadavres, de blessés et mutilés à vie, de prisonniers humiliés par leurs propres frères de sang. Il n’est pas sûr, comme le souligne La Voix, que cela suffise pour mettre un terme à cette folie meurtrière unique dans le monde !
  • Le plus impardonnable, d’après nous, c’est l’utilisation de gamins de part et d’autres. Il est touchant de voir ces pauvres enfants soldats, pour la plupart issus des ethnies des belligérants (Goranes, Zaghawa, Tama, Arabes et Noirs arabisants de l’Est), le regard vague, drogué et malheureux, semblant vous implorer... après avoir vécu l’horreur indescriptible des champs de bataille. Si les grands plumitifs de la diaspora, promoteurs de la solution militaire, pouvaient visiter à chaud ces champs de batailles, ils mettraient un peu de l’eau dans leur vin. Car la réalité que subissent les Tchadiens dans leur pays est bien éloignée des diatribes et des proses stériles lues ça et là !
  • A cause du recrutement des enfants à la guerre, la Cour Pénale Internationale poursuit deux chefs de guerre bantous : Thomas Lubanga du Litourie en RDC et Joseph Kony du groupe Acholi en Ouganda. Il devient impératif pour les ONG humanitaires tchadiennes et internationales d’œuvrer au déclenchement des poursuites à l’encontre des « chefs de guerre » tchadiens, pour arrêter enfin cette folie de pouvoir au sacrifice des enfants à tout prix, et partant la guerre !
  • Enfin, nous pensons que, si provisoirement les habitants de N’Djaména (qui se préparaient à fuir massivement il y a quelques jours) peuvent être rassurés, le sort de la guerre actuelle de pouvoir se jouera dans un mouchoir serré entre d’une part la maîtrise de l’espace aéroterrestre par l’un des belligérants et les soutiens diplomatiques, et de l’autre l’arrivée imminente des pluies qui interdisent les manœuvres militaires massives. Cette donne permettra-t-elle de remettre le dialogue inclusif et impératif en selle ?

La rédaction