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Titre du livre et références: « Tchad Témoignage et combat politique d’un exilé » Collection Pour mieux connaître le Tchad ; Editions L’Harmattan ; ISBN : 2-7475-5386-8 ; Prix HT 41 € Commentaires de l’Editeur (4e de couverture) : « L’Histoire de la République du Tchad, depuis la proclamation de son indépendance en 1960, apparaît d’une redoutable complexité à l’observateur extérieur. Le témoignage qu’apporte aujourd’hui Bichara Idriss HAGGAR sur les vicissitudes vécues par le peuple tchadien et sur ses leaders est celui d’un militant engagé dans une opposition résolue au gouvernement qui a suivi la chute d’Hissène Habré. Tel qu’il est, l’ouvrage contient quantité d’informations de première main, tant sur le processus de radicalisation du régime que sur les efforts des mouvements d’opposition pour s’unir et sur les médiations – incertaines- de plusieurs chefs d’Etat africains ou européens ».
Quelques Extraits au goût du jour : Sur les dirigeants africains et tchadiens : « Malheureusement, quelque soit le degré d’éducation des dirigeants africains, il leur arrive souvent, face à des problèmes d’Etat, de se laisser emporter par des réflexes culturellement ethniques, parfois claniques, relevant de l’irrationnel, exaltant l’orgueil suicidaire des gens du Sahel. Ils ne réussissent pas à transcender ces valeurs d’une autre époque et d’un autre environnement pour trouver des solutions nationales aux problèmes qui se posaient au niveau de l’Etat. Il est regrettable que beaucoup de responsables politiques tchadiens restent connectés à ces valeurs des temps anciens : orgueil, mépris d’autrui, références négatives au passé. Elles les rendent souvent aveugles devant certaines évidences et les empêchent de considérer les questions au niveau de l’Etat pour trouver une solution globale. Face à certains problèmes sociaux réels et douloureux, le fait que des dirigeants politiques s’enferment dans leur moi irrationnel « Ana » entraîne des conséquences terribles et incalculables pour le pays » (page 144-145) Sur ce qui tient lieu d’armée au Tchad : « Si bien qu’à côté d’une administration militaire classique chargée de la paperasserie et maintenue pour amuser la galerie internationale, la vraie armée était divisée en groupes armés sans esprit de corps, dirigées par des fidèles qui n’avaient de comptes à rendre à personne, excepté à Idriss Déby lui-même. Comme leur présence dans l’armée, leur grade, leur équipement, leur affectation à des postes juteux et leurs missions dépendaient exclusivement d’Idriss Déby, ces individus ne respectaient aucun texte régissant les statuts de l’armée nationale. Les différents chefs, de « véritables chefs de guerre » à la mentalité mercenaire, vouaient à leur président une obéissance et un dévouement proportionnel à sa générosité… Dans un Etat militarisé comme le Tchad, ces commandants formaient une catégorie sociale à part et jouaient malheureusement un rôle frein à la formation d’une véritable armée nationale. Ces « dignitaires » de guerre recrutaient souvent les combattants à leur guise, si bien que les combattants recrutés ou acceptés par leurs commandants de secteur ou de région ou de brigade ne reconnaissaient que leur chef et ne se battaient que s’il le leur ordonnait. Cet état d’esprit facilitait la tâche d’Idriss Déby. Il suffisait qu’il satisfasse tous les desiderata du chef de guerre, ce dernier à son tour distribuait des miettes à ses lieutenants le plus souvent des proches, ou des amis ou des fidèles compagnons, pour que Idriss Déby trouvât une troupe prête à se battre et à réprimer. L’insatisfaction des chefs produisait l’effet contraire.[motif pour une nouvelle rébellion, ndlr] Cette mentalité de « chasseurs de primes » qui sévit encore au sein de l’armée, constitue le cancer de la société tchadienne et un grand handicap pour le retour de la paix et de l’ordre républicain au Tchad. Malheureusement la pauvreté et l’ignorance avaient créé chez beaucoup de tchadiens une prédisposition aux gains faciles donc à la corruption, à la délation et à la trahison. » (pages 123-124) La primauté du Clan sur l’Etat dans la résolution des problèmes du pays : « Selon la conception de l’Etat d’Idriss Déby, si le partage du gâteau posait problème, il revenait uniquement à ceux qui avaient participé à la razzia (et pas à tous bien sûr) de le régler en dehors des institutions républicaines qui, sur le plan des prises de décision essentielles, n’existaient que pour la forme, comme un faire-valoir vis-à-vis de l’opinion internationale » (page 125) Sur le recours à la lutte armée : « Dans une lutte politico-militaire, les motivations, la conviction et la détermination seules ne suffisent pas. Il faut avoir en plus des moyens financiers et logistiques, des soutiens diplomatiques et médiatiques et surtout une ou plusieurs bases arrière dans des pays limitrophes permettant de s’organiser, de se ravitailler en toute quiétude, de se replier en cas de nécessité, de se soigner et de renouveler ses forces ; il faut aussi et surtout le soutien des populations locales dans les zones où vous comptez vous installer et opérer. C’est donc un travail préliminaire qu’il fallait entreprendre avant toute action et surtout avant même d’adopter une quelconque stratégie de confrontation directe avec le régime, soutenu par trois Etats ayant des visées territoriales, hégémoniques, néocolonialistes, économiques et confessionnelles dans notre pays : la France…, le Soudan… et la Libye » (page 164) Sur le niveau d’instruction des combattants : « Depuis les vingt dernières années de troubles et de guerres, nous avons assisté à une promotion des seigneurs de la guerre. Avec leur système des officiers assimilés, souvent analphabètes et munis d’interprètes, une nouvelle couche sociale apparaissait. Ils tenaient une place qu’ils s’étaient faits dans le feu de la guerre. Conscient de sa précarité, cette nouvelle couche sociale développait en sourdine une hostilité contre les instruits avec lesquels elle était obligée de cohabiter et de collaborer. Ces changements rapides permirent à la classe politique tchadienne issue de l’indépendance de se renouveler, tout en favorisant l’incompétence technique et la médiocrité » (page 183) Sur les motivations réelles des luttes armées : « La présence parmi nous de nombreux illettrés et l’animosité sourde que nourrissait ces derniers à l’endroit des intellectuels rendaient notre tâche difficile. D’autant plus que les motivations qui poussaient les Tchadiens à se révolter étaient multiples et variées : pour une majorité des combattants, le principal souci était de chasser les actuels dirigeants et de prendre leur place sans apporter un quelconque changement au régime ; d’autres avaient des problèmes personnels à régler ; seule une minorité était motivée et consciente de ses responsabilités historiques. Au sein de tous les mouvements politico-militaires ou partis politiques tchadiens, anciens ou actuels, on trouve pratiquement la même composition hétéroclite à dominante ethnique » (page 188-1989) Sur le rôle d’un intellectuel tchadien conscient : « Dans cet univers où des intérêts contradictoires s’affrontent sans merci à chaque étape de la lutte, le travail d’un intellectuel doit être pédagogique et pratique. Car les Tchadiens ont un jugement négatif sur leurs intellectuels qui, dans leur grande majorité, il faut le reconnaître, restèrent longtemps spectateurs sur le bord de la route pendant que le processus historique de la lutte de libération suivait son cours. Cette démission notoire ou le peu de participation des intellectuels à la lutte politique et à la lutte armée explique en partie le caractère ethnique ou régionaliste des différentes directions politiques des mouvements politico-militaires. Elle conduisit les acteurs politiques à défendre intérêts claniques, ethniques ou régionalistes au détriment des intérêts nationaux. Elle ouvrit la porte à la militarisation de la société tchadienne. Elle favorisa enfin ces trente dernières années la promotion de la médiocrité dans la gestion des affaires publiques, la dévalorisation de la connaissance et du savoir et la négation de l’Etat de droit au Tchad » (Page 189) Préparé par la Rédaction Visitez notre site internet et commandez en ligne : http://www.editions-harmattan.fr Vous pouvez aussi commander cet ouvrage chez votre libraire habituel |