| PETROLE : LES PAUVRES, LE BRUT ET LES MECHANTS. |
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Le 22 mai 2008, un jour comme les autres, est passé sans hérisser le poil d’un seul Tchadien. Et pourtant, le prix du baril de brut vient de franchir les 130 dollars, soit dix (10) fois le prix initial du baril tchadien fixé à 13 dollars quand le Brent valait 25$. Le 27 juin, le baril franchit les 142 dollars, une manne pour les pays producteurs et exportateurs de pétrole ! François Xavier VERSHAVE, ce défenseur invétéré des pays africains, se serait retourné dans sa tombe en apprenant une telle nouvelle. Son homonyme, Xavier HAREL dont le chef-d’œuvre constitue l’ossature du présent article, a pris la relève. Dans son ouvrage « AFRIQUE : pillage à huis clos - Comment une poignée d’initiés siphonne le pétrole africain », il déterre les combines les plus inextricables en Afrique, issues de cette huile opaque qui a provoqué tant d’espoir à travers le monde. Peu de Tchadiens aujourd’hui perçoivent le pétrole comme une issue de sortie de la pauvreté. Leur désengagement et désintéressement vis-à-vis de ce minerai sont une erreur. Quant aux cadres Tchadiens travaillant pour le compte du consortium, leur triste sort ne mérite pas d’être exhaustivement évoqué ici pour ne pas choquer les lecteurs : salaires 5 à 15 fois inférieurs à ceux de leurs collègues expatriés pour les mêmes profils ; absence de logements pour leurs familles ; séquestration à l’intérieur de la grille de Komé-5 pendant 24 jours sur 38 ; embrigadement pour aller aux lieux de culte ; etc. Bref, des conditions stressantes pour obliger les nationaux à la démission et leur remplacement par d’autres expatriés, sans que l’Etat lève le petit doigt pour protéger ses citoyens. Entre temps, le pétrole continue de couler inexorablement vers l’extérieur et partant, avec ses recettes, le consortium bénéficiant de l’accord « le plus généreux » de la région, le Tchad ne percevant que 12% des revenus alors que la norme en Afrique subsaharienne se situe entre 45 et 90% comme en Guinée équatoriale. Le Tchad est loin d’atteindre sa vitesse de croisière en matière d’exploitation du brut tant le territoire est assis sur des gisements d’or noir. Le pétrole a été découvert au Tchad en 1956 au B.E.T. par ELF. Ensuite, c’est le gisement de SEDIGUI à l’ouest du pays par la CONOCO, puis les gisements de DOBA, de Moïssala, de Sarh, de Kyabé par EXXONMOBIL ; Bongor par ENCANA et … Véritable cuvette remplie de brut, les six pays le jouxtant sont imbibés de pétrole : le Nigeria, premier producteur d’Afrique (2,6 millions de barils/jour) ; la Libye, second producteur (1,7 million de baril/jour) ; le Soudan (440.000 barils/j) ; le Cameroun (220.000 barils/j), le Niger et la RCA (récentes découvertes). Comme quoi toute ponction dans le sous-sol tchadien est un puits positif du brut. Mais au cours de l’atelier sur l’ «Initiative de Transparence dans les Industries Extractives » tenu en août 2007 à N’djaména, les responsables du consortium ont laissé entendre que la production du brut du Tchad a chuté de 225.000 barils par jour à 150.000, juste après cinq d’années d’exploitation ! Et pourtant, l’une des zones pétrolifères les plus anciennes du continent est le Gabon. En 1947, la France y découvre du pétrole. Dix ans plus tard, en mars 1957, le premier tanker de brut gabonais prend la mer à destination des raffineries de la France. Cinquante et un (51) ans plus tard, il continue de couler allègrement, le pétrole gabonais. La candeur des Tchadiens doublée d’une inexpérience en technologie pétrolière les laissent pantois face aux statistiques du Consortium. Mais plusieurs faits troublants laissent présager une absence de transparence - (1) les 225.000 barils provenant des 301 puits issus des trois sites (Komé, Bolobo et Miandoum) datent de 30 ans. Depuis, le nombre de puits ne cesse de s’accroître inexorablement ; en plus, d’autres sites sont mis en chantier : Moundouli, Nya, un potentiel loin d’être épuisé - (2) le pipeline construit (1070 km) est le plus cher au monde (prix au km) soit 3 milliards de dollars – (3) la salle de contrôle de Komé, cœur des opérations « est l’une des plus sophistiquées au monde ; c’est assez étonnant » a déclaré Ronald Royal (ex patron du consortium) dans le film de Nicolas JAILLARD, intitulé « Tchad : main basse sur l’or noir ». Très étonnant en effet, un tel investissement pour seulement 150.000 barils/j, en comparaison au Nigeria ou à l’Arabie Saoudite le premier mondial (10 millions de barils/j exploités par ARAMCO) ! – (4) Au départ, des compteurs défaillants ont été fixés sur les puits. Un arrêté (n° 035/MP/SG/DEP/2002 portant approbation du Système de Comptage de la Production Totale des Hydrocarbures) concocté par le Consortium et soumis à la signature du Ministre du pétrole suggère le déplacement des compteurs à Kribi au Cameroun – (5) Le Cameroun qui perçoit 0,41$ par baril transitant par son territoire, a crié haro sur le bodet en contestant les statistiques (sous-estimées) du consortium – (6) les investissements sont amortis en moins de cinq ans, - (7) le Président Bush a décoré Exxon pour avoir engrangé les plus gros bénéfices en 2006 (la participation du Tchad, aussi minime soit-elle n’est pas négligeable). Si l’on croit certaines sources, le Tchad disposerait d’au moins 1067 puits en 2007 avec une production au moins quatre fois supérieure à la production initiale. De nuit comme de jour, de nouveaux puits sont en chantiers. Le dispositif du gaz est fin prêt et l’on s’interroge si le pipeline savamment compartimenté ne draine pas le gaz naturel vers les tankers ! Plusieurs interrogations traversent nos mémoires tant les informations sont opaques. En matière de transparence, l’Afrique est une cicatrice sur la conscience du monde. Les compagnies se contentent de pomper du brut dans des pays qui ne maîtrisent pas les technologies nécessaires. Les Tchadiens par exemple sont laissés dans l’ignorance de ce que produit véritablement le Consortium, et ils ne récupèrent que ce que ce dernier voulait bien leur laisser, leur pays, par absence de planification à long terme, est un des rares au monde, à la fois producteur, exportateur et importateur de pétrole. Au fait, quel type de contrat nous lie au consortium ? Un contrat de concession ou d’exploitation ? S’il s’agit du premier cas, alors une révision du contrat s’avère plus que nécessaire. Il faut garder à l’esprit que l’Afrique subsaharienne compte déjà 14 pays producteurs de pétrole, dont 10 exportateurs. Et, chaque année ou presque, un nouvel Etat vient rejoindre le club : la Guinée équatoriale au début des années 90, le Soudan à la même période, le Tchad en 2003, la Mauritanie en 2006, Sâo Tome et Principe, et bientôt, le Niger et la RCA. Les compagnies ne trichent pas seulement sur la quantité mais également sur la qualité du pétrole : trop de souffre, trop de cobalt, trop d’hydrates, trop de paraffine, trop d’eau, trop lourd, trop épais, trop parcellisé, exige trop d’énergie, etc. Ce mensonge sur la qualité a fait gagner à Elf plus de 200 millions de dollars par an (acheté à 14$, le baril est revendu à 17$), puis des cargaisons fantômes, des tankers non déclarés. L’ancien patron d’Elf, Loïk Le Flock-Prigent (devenu conseiller du Président Deby), a aussi reconnu devant les caméras l’existence des cargaisons fantômes(1). Outre le manque de transparence, la corruption gangrène le monde pétrolier. Le continent africain devient l’objet d’une surenchère permanente. S’abritant derrière la confidentialité des contrats, les compagnies pétrolières, petites ou grandes, alimentent un système de corruption qui enrichit une poignée d’initiés à telle enseigne que, loin d’être une bénédiction, le pétrole a davantage appauvri les pays producteurs qu’il ne les a enrichis. Elf par exemple, subventionnait les dirigeants africains et finançait la classe politique française. En contrepartie, cette dernière soutenait les régimes en place et n’entreprenait rien qui puisse gêner le champion national du pétrole. Les Chefs d’Etat africains pour leur part, bradaient le pétrole de leur pays contre rémunération personnelle et s’offraient le soutien de la classe politique française. Un système extrêmement lucratif pour ces quelques bénéficiaires mais dont les populations sont évidemment sorties grandes perdantes. Plusieurs combines sont inventées et mises en pratique pour détourner des fonds publics. Londres reste le premier paradis fiscal européen, et la moitié des autres sont rattachés à la Couronne britanniques. Le Royaume-Uni et les 14 territoires rattachés à la Couronne britannique sont devenus, au fil des années, une énorme machine à recycler l’argent sale. Un rapport de la commission des droits de l’homme des Nations Unies rédigé en 2000 conclut que « 80% du revenu national est entre les main de 5% de la population ». En 2001, un nouveau rapport regrettait que « le boom économique » exceptionnel ayant suivi la découverte d’importants gisements de pétrole au milieu des années 90 n’ait conduit à aucune amélioration des droits économiques, sociaux et culturels des populations. Dopé par l’envolée de la production et les investissements massifs des compagnies pétrolières, le PIB des pays a tout simplement triplé entre 2001 et 2005. Mais la réalité qui se cache derrière ces statistiques mirobolantes est évidemment moins rose à l’instar de |