| DROITS DE L’HOMME : Mobilisons-nous contre la barbarie qui envahit notre pays, le Tchad ! |
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| Écrit par Enoch DJONDANG |
| Lundi, 11 Mai 2009 00:00 |
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Au Tchad, après une évolution en vase clos des violations massives et systématiques des droits humains sous tous les régimes politiques successifs depuis 1960, le pays a le bonheur de s’inscrire dans un processus nouveau d’humanisation avec la naissance du mouvement des droits humains à l’aune du régime actuel. Des progrès ont été enregistrés dans l’évolution des mentalités, surtout au niveau des élites, sur la question de la reconnaissance et du respect des droits et libertés fondamentales des citoyens. Des organisations sont nés dans diverses thématiques et approche genre pour rendre plus concret cette quête de droits ignorés depuis tant d’années de nuits sombres de notre évolution nationale. Le combat mené par des militants engagés a redonné un peu de sens humain à une population qui était en perte de repères et de valeurs universellement partagées. Des centaines de gens ordinaires ont échappé à des actions de barbarie grâce aux interventions de ses défenseurs de droits humains. S’il faut se référer aux synonymes du terme ‘barbarie’, à savoir atrocité, bestialité, cruauté, inhumanité, sadisme, sauvagerie, les tchadiens de tous les âges et de tous les horizons savent ce que cela signifie dans leur quotidien. Le calvaire de la tribu des Kibet dans l’Est du Tchad, que nous avions dénoncé en son temps, est devenu le lot quotidien le mieux partagé par les populations de toute la bande sahélo -soudanienne. Il ne se passe pas de jours où des gens sont froidement assassinés pour leurs bétails ou pour l’herbe de leurs champs. Ces assassinats n’ont rien à envier à la sauvagerie décrite des tortures de la sinistre DDS de Mr Habré, le grand nationaliste africain qui aurait tant mérité d’éloges de ses partisans sauf de l’humanisme dans son cœur ! En effet, les actes de barbarie dans cette vaste zone à l’écosystème fragile et au climat rude, se manifestent des manières suivantes : - pratique systématique du viol qui est une abomination destinée à perpétuer les haines et l’esprit de vengeance auprès des victimes, dénotant ainsi une intention farouche que la tolérance et la cohabitation pacifique ne soient jamais des valeurs partagées entre Arabes, Zaghawas, Goranes, Tama, Dadjo, Kibet et autres ; - Pratique nouvelle des mutilations sur les corps des victimes dans le but de marquer une signature de défiance à l’endroit de leurs proches, chose interdite par l’Islam ; - A ce sujet, les lieux de culte et l’appartenance à la même religion ne sont plus des valeurs de rapprochement et des gardes fous moraux ; l’on s’en moque éperdument alors que quelques décennies plus tôt existait entre ces coreligionnaires une alliance sacrée contre les ‘kirdis’ ou « sudistes infidèles » ayant justifié toutes les injustices des plus abominables ; - La preuve que nous sommes dans une situation progressivement entretenue et couverte par l’impunité des plus forts est que ces derniers détiennent des arsenaux de combats aussi sophistiqués que les forces de l’ordre et commettent leurs forfaits en groupe et avec une grande arrogance ; - La pratique de la ‘Dia’ comme solution aiguise les appétits et monte les enchères, car les victimes cupides s’y accrochent, tandis que leurs bourreaux s’en targuent comme signe de richesse évidente car ils sont propriétaires de bétails immenses : payer quelques têtes pour couronner les actes vandales et abjectes de leurs parents apparaît de plus en plus comme un signe de pouvoir ; aussi ils signent leurs forfaits par des faits de cruauté, de mutilation, de viol ; - Petit à petit, ce retour à la barbarie est en trin d’approcher les alentours de la capitale tchadienne ; par le biais des affinités, les faits sauvages de l’Est du Tchad et du Darfour se propagent par snobisme vers l’Ouest. Le pouvoir ébranlé dans ses bases tribales ne trouve pas la bonne réplique à la dérive de la situation, partagé entre la solidarité consanguine et le spectre d’une révolte et d’une revanche des autres ethnies rivales pour la conquête du pouvoir central ; - Dans ces conditions, l’on est en droit de se demander comment un dispositif militaro humanitaire du type MINURCAT- EUFOR pourrait à lui seul, sans un processus interne profond de réforme de la gouvernance générale, apaiser durablement la situation ? Si les institutions publiques sont devenues virtuelles ou sont dénaturées, c’est l’existence même de l’Etat tchadien qui est en cause, rien d’autre ! - Aujourd’hui, les organisations humanitaires nationales et étrangères qui s’investissent sur le terrain, sont dépassées par l’ampleur et la complexité de la situation. Il est manifeste que les organisations nationales sont elles-mêmes à bout de souffle, tant pour des raisons de mal gouvernance interne que parce que le cadrage du contexte humanitaire et des droits humains demande de conjuguer de nouvelles approches et un sacré courage personnel ! - Pendant ce temps, ce sont des histoires atroces et incroyables qui se partagent dans les familles chaque jour sur les actes de barbarie et la disparition totale de toute notion de droit et d’humanité dans la majeure partie de notre pays, loin des actualités formelles qui, elles, sont féeriques ! Jamais le Tchad n’a connu un tableau aussi sinistre des atteintes à la personne humaine, avec une diversification des acteurs, les victimes devenant par revanche de nouveaux bourreaux et le cercle vicieux s’installant comme une fatalité ingérable ! A cette allure, rien n’est plus inquiétant que la perspective des prochaines consultations électorales, dès lors que le fameux Accord magique du 13 août 2007 va s’appliquer dans un contexte basique de non droit permanent, il est à craindre que ces antagonismes patents explosent comme une marmite qui a trop chauffée ! Qui du pouvoir, ou des oppositions civiles et militaro civiles ou même de la société civile serait en mesure de gérer des probabilités aussi sombres dont l’ampleur pourraient dépasser ce qui se vit déjà en mal actuellement ? Pour avoir toujours été de ce combat pour un Tchad où les habitants redeviennent des êtres humains à part entière dignes et libres, mentalement affranchis des tares culturelles et politiques récurrents, j’exhorte à genoux mes compatriotes à se remettre en cause sans complaisance, à reconstituer un Pacte national sacré autour des valeurs républicains et des droits humains fondamentaux (et non pas autour d’aventuriers incarnant la négation absolue de ces valeurs), de considérer le droit des générations futures de vivre en paix dans cette unique patrie, et de traduire ce changement de cap dans leurs actes et comportements désormais. Sinon, même les anges ne pourront rien pour les sortir de ce naufrage collectif infernal ! |