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Conseils à la Jeunesse Tchadienne PDF Imprimer Envoyer
  Nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Il est temps pour chacun et chacune, de faire un examen rétrospectif sévère de notre parcours commun, pour savoir là où nous allons. Refuser un tel exercice dans la rigueur et la fermeté, c’est se maintenir dans l’esclavage et la cécité intellectuelle et matérielle pour le restant de ses jours.

C’est vrai que le tchadien a peur de réfléchir, il n’a pas confiance en lui-même. Il vit constamment dans la peur et la diabolisation de l’autre. Au Tchad, quel que soit le problème, on cherche toujours la cause et le bouc émissaire ailleurs. Si ce n’est pas dans la différence de culture, de région, de langue ou de religion, c’est dans l’appartenance à tel groupe d’opinion ou telle tendance politico-militaire qu’on va chercher des explications futiles.

 

En plus, chacun se croit plus malin que les autres et s’active à chercher comment doubler son entourage. Il n’y a pas de parole d’honneur au Tchad, même si certains prétendent se battre pour des questions d’honneur, leurs méthodes et leurs références idéologiques sont aussi abominables que l’Apartheid ou le Nazisme, quand on les met à nue. Mentir comme trahir sont des vertus justifiées par les circonstances. Par exemple, beaucoup d’exilés rentrent au pays, non pas pour l’aider à se relever mais uniquement parce qu’une place privilégiée (et souvent non méritée) leur a été promise. Ils oublient donc au passage tous leurs actes et agitations passées, ainsi que les conséquences (quand il s’est agit de guerre, de feu et de sang versé inutilement). Quand ils reviennent au pays, c’est alors qu’ils font semblant de reconnaître de nouvelles réalités, de s’être trompés, en adoptant un profil bas ou en fuyant les regards inquisiteurs des citoyens lambda. Ils redeviennent petits, si petits que l’on se demande comment ont-ils pu faire tant de bruits et de mal à leur pays pour si peu ?

Ainsi les cons, ce sont tous ces jeunes analphabètes qu’on a recruté pour les besoins des luttes fratricides, au nom du clan, de la tribu, de la région ou de la religion, arrachés à leurs parents ignorants des brousses, et dont les cadavres seront dévorés par les animaux sauvages sur les anciens champs de bataille appelés pompeusement et honteusement “champs d’honneur“. Ces vrais-faux “martyrs“, dont les noms ne figureront nulle part sur aucun mémorial, c’est la pâture dont avaient besoin les aventuriers de tous poils qui ont su si habilement manipulé deux à trois générations de tchadiens, pour n’aboutir à rien, à rien dis-je !

A rien, quand après tant d’épreuves terribles et d’hémorragies humaines, un pays s’en trouve toujours incapables de s’inscrire dans le respect et la protection des droits de l’homme : la valeur de la vie et de la personne continue à être dévaluée dans une ambiance croissante de banalisation de la violence, du crime, de la torture à ciel ouvert, des enlèvements et des disparitions forcées. Quand la propriété n’est plus un droit naturel et inaliénable et que ni la loi ni la jurisprudence, moins encore l’autorité ne peuvent protéger les biens et le toit d’une famille ? Quand le travail et la compétence sont rétribués par les humiliations, la clochardisation et l’exclusion, et que par ailleurs sont largement encouragés et récompensés l’oisiveté, l’esprit de rapine, la médiocrité et la fanfaronnade ? 

Jeunesse tchadienne, fais donc toi-même le bilan de plus de quatre décennies d’errance de ton peuple et cherches-en les vraies causes : tout ce qui a été détruit, brûlé, chassé, humilié, spolié, sous différents prétextes, d’un régime à l’autre, d’une tendance à l’autre, d’une tribu armée à l’autre, d’une élection à l’autre, te satisfait-il ? Y trouves-tu les repères d’une Histoire glorieuse à transmettre aux générations futures ? Quels sont les progrès sociaux, économiques, culturels et techniques que t’ont rapportés ces évènements tchadiens et que tu pourrais présenter comme exploits au palmarès devant les autres nations du monde ? 

Lesquels de tes hommes politiques et politico-militaires (spécialité tchadienne) ont-t-il la carrure des « libérateurs » retenus par des comités scientifiques internationaux dans les livres d’Histoire ? Lesquels t’ont légué une vision, une idéologie, un savoir-faire concluant et précieux qui puisse guider des générations entières de Tchadiens dans la voie de la construction d’une vraie nation unie et forte ? Si tu n’en trouves pas, pourquoi continues-tu à les suivre bêtement, à te sacrifier pour eux et non pour toi-même ?

Si le recours aux armes (vaincre ou mourir), avec ses corollaires que sont le mercenariat transfrontalier et la destruction du socle du patrimoine national historique, si l’expérimentation de processus tronqués de démocratisation et d’élections t’ont ramené à la case de départ, sans vraiment changer le système qui produit les injustices, les discriminations, la violence et l’arnaque à grande échelle ainsi que la peur, que te reste-t-il à expérimenter, pauvre Jeunesse tchadienne ? Si tes fameux leaders « indispensables et irremplaçables » préfèrent mieux crever d’épuisement dans leurs cabales que de te léguer en héritage prometteur un pays stable, réconcilié et protecteur de tous ses ouailles, eux qui se sont servis mille fois sous tes yeux et en ton nom, quand est-ce que tu commenceras vraiment d’exister, Jeunesse tchadienne ?

 

Jeunesse tchadienne, as-tu un problème avec toi-même ou avec tes aînés ? Quel est ton problème ? Est-il si difficile pour toi, aujourd’hui instruite ça et là, de comprendre qu’aucune idée divisionniste, qu’aucun préjugé n’ont jamais conduit un peuple de la terre dans les sentiers de la liberté et du bonheur ? “sara“, “arabe“, “gorane“, “banana“, “hadjeraï“, “zagahwa“, “ouaddaï“, “kirdis“, “sudistes“, “nordistes“, etc. sont pour toi les équivalents des mots et slogans qui ont fondé l’Apartheid, le Nazisme, la discrimination raciale en Amérique : veux-tu continuer avec ces références jusqu’à l’ivresse ?

Jeunesse tchadienne, crois-tu que tu as un avenir ? Sois sûr de ce que tu vas répondre et prends tes responsabilités ! Si tu as un avenir, c’est dans quel pays ? Sur quelles valeurs garantiras-tu ton avenir ? Celles qui ont agenouillé ton pays ? Je ne te pousse à rien : “CONNAIS-TOI TOI-MËME“, a dit le Sage !

Que te dirai-je de plus, Jeunesse de mon pays ? On m’accusera de te pousser au « printemps arabe » et ils auront un cobaye de plus à éliminer ! La seule chose que je te dise, c’est que ton avenir m’inquiète, car il est prisonnier du passé, du sombre passé. Si tu en prends conscience, libères alors tes talents, tous tes talents (et tu en as beaucoup !), évites les pièges dans lesquels tes aînés sont tombés et que tu connais et que tu en souffres et fraies-toi ton chemin ! Personne ne te lèguera un héritage reluisant et tranquille, les aînés nous avions semé pleins d’embûches sur ton chemin, pour que tu vives pire que ce que nous avions vécu du fait de nos incohérences, de nos déviances, et tu le sais ! Alors utilises nos échecs, nos défaillances comme du fumier dans le champ de ton espérance pour ton pays le Tchad et lèves-toi comme un seul homme !

Enoch DJONDANG

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