| Cher Mr Reed Brody, chers Amis, |
|
|
Cher Mr Reed Brody, chers Amis,
A la réflexion, une idée m’est venue concernant la mobilisation des victimes dans l’affaire Habré. En lisant le témoignage de Mr Brody du jeudi 04 février 10 sur les fins tragiques de deux ex-détenus (j’ai bien connu le commissaire Togoto et j’avais eu à m’entretenir avec lui sur ce dossier !), je me dis qu’il y a des résistances manifestes tant du côté Union Africaine-Sénégal que du côté gouvernement Tchad, pour que les choses avancent. Car si l’annonce d’un pré-positionnement de deux milliards F CFA pour le procès pourrait faire croire en une volonté politique affichée, l’autre question serait de savoir pourquoi pour beaucoup moins d’argent réclamé par la justice tchadienne pour démarrer l’instruction dans la procédure locale, ça cafouille ? Il y a plein d’aventuriers et d’improductifs qui auraient des comptes ou des malles en milliards thésaurisés des fonds publics, puisque chez un trésorier-payeur seulement on aurait trouvé deux milliards en liquide (à domicile !).
Alors, on pourrait bien envisager une solution provisoire de prise en charge de victimes survivantes de la DDS (torture), en créant un Fonds de Subsides qui leur allouerait une pension alimentaire convenable et leur fournirait une assurance-maladie spécifique pour leurs séquelles de torture ? N’auront droit à ces subsides que les victimes qui auront un dossier de plainte dûment établi avec le concours de leurs associations et conseils juridiques, pour éviter une invasion de fausses victimes (chose très possible avec les tares de mentalités).
Ce fonds ne sera pas un début d’indemnisation, qui ne peut émaner que d’une procédure judiciaire achevée. L’un des avantages serait de soutenir sur le plan psycho-social les acteurs et témoins dont on a besoin pour tout procès éventuel contre l’ancien dictateur tchadien. Un autre avantage serait de multiplier le nombre de plaignants et de témoignages accablants, car nous avons toujours l’impression que les démarches actuelles reposent davantage sur quelques victimes téméraires dont la sécurité et la santé ne sont pas garantis au pays (exemple de Mr Souleymane Nguengueng exilé aux USA).
Le fonds de subsides sera alimenté par des ressources mixtes : gouvernement tchadien, pays et partenaires volontaires. Cependant, sa gestion sera participative, en ce sens que les représentants des victimes et des associations y seront représentés dans le conseil d’administration, et le personnel gestionnaire sera recruté par appel de candidature international ouvert. Les statuts d’un tel fonds ainsi que le manuel de procédure de gestion pourraient être ébauchés par des experts d’organismes tels que Human Right Watch, en conformité avec la législation tchadienne : il s’agira d’une association à but non lucrative à vocation humanitaire et visant la reconnaissance d’utilité publique (à l’exemple de MASOCOT par exemple).
Un autre argument est que la création d’un fonds en faveur des victimes n’a de sens que si l’une des procédures judiciaires engagées au Tchad ou à l’étranger suit son cours régulier et pourrait aboutir à la reconnaissance d’un vrai statut juridique identifiant qui sont les victimes et quels seraient leurs droits spécifiques en définitives après procès. Tant que nous n’en sommes pas là, et pour ne pas être pénalisés par les blocages actuels, notre proposition vise une prise en charge humanitaire et provisoire minimum pour assurer la survie des présumées victimes, en attendant que justice soit rendue. D’ailleurs, la création d’un tel fonds pourrait bien se faire en échappant à tout blocage politique, si des organismes et contributeurs indépendants des gouvernements étaient prêts à y participer !
L’on pourrait gérer le temps précieux, qui joue en défaveur des victimes, en tentant parallèlement une telle initiative. Les destinataires de ce mail sont tous des personnalités éminentes ayant participé à la promotion et à la protection des droits humains au Tchad ces deux dernières décennies : certaines se rappellent certainement encore comment furent nées leurs organisations entre deux conversations, en tous cas je m’en rappelle bien en tant que pionnier ! Nous devrions explorer de nouvelles formules pour éviter que les schémas actuels tombent dans la monotonie et deviennent inefficaces. Je crois que la société civile tchadienne a beaucoup perdu de sa capacité d’anticipation et de proposition et se comporte plus en gestionnaire de la routine, c’est mon point de vue défendable !
Comme Mr Reed Brody, que je n’ai jamais rencontré, n’a cessé de m’envoyer du courriel sur le dossier Habré, pour cette considération qu’il fait à ma modeste personne, je rends la politesse en jetant ce pavé dans la marre ! Les uns et les autres peuvent approfondir la réflexion et les échanges, s’ils le veulent. Pour ma part, tout en restant intransigeant sur les questions d’éthique qui m’ont valu la mise à l’écart forcé, je reste disponible au niveau de la réflexion sur les stratégies nouvelles, sans plus m’impliquer (pour des raisons personnelles). J’espère aussi que ma proposition aurait déjà été faite et que je suis certainement sous-informé ?
Merci !
Enoch DJONDANG
Ancien Président fondateur de la LTDH (1991-1997)
Ancien vice-président de la FIDH (1995-1997)
Ancien président/ Comité de pilotage/ Stratégie Nationale de Réduction de la Pauvreté incluant la Bonne Gouvernance (2000-2001)
Actuellement simple militant de la LTDH
Tél : +235 625 30 71/ 986 70 38
Facebook et http://www.tchadnouveau.com
|