Notre hommage à un grand homme : Adoum Maurice HEL-BONGO !
Ô Papy ! Ô Doyen !
J’étais loin de me douter que votre appel téléphonique surprise de cet après-midi là du dimanche 25 octobre 2009 à 16h 23mn, serait la dernière fois pour moi d’entendre et de garder le timbre de votre tendre voix ? Ce jour-là, cher Doyen Papy, c’est comme ci vous aviez décidé de me communiquer un testament, le vôtre, le mien, celui de tous ceux qui partagent les mêmes idéaux, qui s’imposent les mêmes valeurs éthiques de vie et de lutte… Vous aviez oublié votre santé fragilisée et, pendant dix minutes d’horloge, vous aviez, livré vos pensées, partagé vos espoirs, prodigué vos encouragements et vos conseils à celui qui n’a même pas le mérite d’être considéré par vous comme un « cadet » !
Comment pourrai-je l’oublier ? La parole du Sage, de l’Ancien, vaut plus que de l’or ! Le Seigneur des destins et des mondes y met son sceau et malheur à celui qui, aveuglé par l’orgueil, gonflé par la cupidité, excité par la fourberie, cracherait sur ces paroles du Sage, de l’Ancien ! La douleur qui déchire mon esprit, qui transperce l’âme du pays de Toumaï... Oui, le Doyen, l’Ancien est parti en douceur, comme une bise du soir, sans vague et sans bruit, comme a été aussi sa vie ! Le Doyen Adoum Maurice HEL-BONGO n’a pas trahi son destin. Cadre de haut-niveau, pièce rare aux premières années de notre indépendance, le Doyen avait quitté discrètement le navire quand l’ivresse s’empara de ses occupants et la folie rampante de son premier pilote. Il alla servir la cause du Travail et de ceux qui Travaillent pour construire un monde meilleur. A-t-on seulement pu évaluer aujourd’hui ce qu’il avait bâti dans la subtilité de l’International ?
Et puis des années après, alors qu’il se reposait du travail mérité, le Doyen apparut brusquement au milieu de cette assemblée bouillonnante, cette « Loya Jirga » appelée la CNS. Qui des fils de Toumaï et des descendants des Sao mériterait de s’asseoir à la place de l’Ancien, du Sage, pour présider à cette assemblée tumultueuse ? Nous l’avions vu, nous l’avions repéré, malgré sa petite taille, le Baobab de Kyabé. Voici l’homme ! Et nous l’avions soutenu de toutes nos forces, contre les fauves, contre les aigles impitoyables qui n’entendaient pas raison pour ce pays. Ils l’empêcheront d’aller plus loin…
Comme un visionnaire, le Doyen dominait l’assemblée par son calme, par sa fermeté, par son sourire qui soudèrent autour de lui des personnalités aux tempéraments et aux sources différentes. Mais le baobab était imbu d’humilité dans la dignité, et à chaque fois que de besoin, il n’hésitait pas à m’appeler, pour partager, pour me consulter, en tête-à-tête ! Et c’est vous encore Doyen qui, lors de votre dernier appel, me rappeliez ces moments particuliers que, disiez-vous, combien vous les aviez aimé et vous en rappeliez toujours… Gardons le silence sur le reste!
Cher Doyen, je vous avais formulé le vœu que Dieu vous garde encore parmi nous, que vous voyez l’avènement du Tchad Nouveau pour lequel vous vous êtes tant donné ! Mais vous m’aviez simplement laissé un petit rire, comme pour dire : « Cher fils de Toumaï, je n’en demanderai pas plus à Dieu, le reste occupez-vous en ! ». Oui, Doyen, comment vous retenir ici de guerre lasse ? Nous sommes encore loin des sentiers de la sagesse, de la justice et de la paix. Il nous faudra revoir nos contrats avec le destin pour espérer profiter dans ce pays de nos besognes, bonnes ou mauvaises. Mais sans Doyens, sans Sages, où ira le Tchad ?
A votre chère épouse et compagne de toujours, à vos enfants, à vos chers proches, toutes nos condoléances : le Doyen Adoum Maurice HEL-BONGO se repose, tout souriant, tout jeune, tout beau, sous le grand arbre là-bas de nos fiers ancêtres ; Paix à son âme !